Eric Dupond-Moretti, actuel garde des sceaux, se remémore un procès pendant lequel il a brillé par sa ruse. Il raconte une manœuvre qui a énervé un juge mais qui a fonctionné.

Il porte bien son surnom « Acquittator »

Avant de devenir ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti s’est bâti une solide réputation en tant que pénaliste. N’hésitant pas à prendre part aux procès les plus difficiles, il a défendu Roselyne Godard, la « boulangère » de l’affaire Outreau, Abdelkader Merah, frère de Mohamed Merah, le « tueur au scooter », Georges Tron, et Patrick Balkany récemment.
Dans son autobiographie Bête noire (éd. Michel Lafon, 2012),il revient sur un procès moins médiatisé dans les années 1990, durant lequel il a utilisé une technique ingénieuse. C’était « une affaire idiote et tragique » à Douai : « Plusieurs gamins comparaissaient pour avoir jeté des pierres sur des automobilistes, il y avait eu des morts. » « Le procès avait été pour moi une succession d’escarmouches avec l’accusation, et surtout avec le président, qui se comportait, de mon point de vue, de manière déloyale », contextualise-t-il.

Eric Dupond-Moretti la bête noire des magistrats

Avant de revenir sur le moment du verdict, où il a tenté une dernière manœuvre. « J’attends la lecture, insupportable, des articles du code pénal sur lesquels se fondent le verdict. Le président ne les lit pas dans leur intégralité : il demande simplement si chacun les tient pour lus, et en général c’est le cas ». « ‘Tenus pour lus?’, a alors demandé le magistrat. ‘Non’, ai-je répliqué, le contraignant à ânonner une dizaine d’articles du Code pénal. Excédé, il s’est saisi du volume rouge placé devant lui, et a commencé : ‘Le meurtre aggravé est puni de la peine de mort…’ », raconte-t-il.

La lecture de ces quelques mots suffit à accorder une nouvelle chance à Eric Dupond-Moretti : « Extraordinaire ! Le Code datait d’avant l’abolition (ndlr : la peine de mort a été abolie en France en 1981), il était obsolète, j’ai déposé des conclusions pour un pourvoi en cassation – une aubaine inespérée. » Plein de ressources dans sa carrière d’avocat, le sera-t-il autant dans son rôle de Garde des sceaux ?